lundi 15 janvier 2007

musique minimaliste et répétitive

En MUSIQUEle Minimalisme se caractérise par une musique "plate" ou non contrastée sans tension ni détente particulières. De plus elle est continue, stationnaire, ce qui est essentiel. C'est John Cage qui introduit la notion de musique "procédurale". Le processus s'enclenche, reconnaissable, et se déroule inexorablement, rendant l'intervention de l'interprète minimale, bien que des parties libres ou improvisées puissent faire partie du processus.
La plupart des musiques basées sur un processus sont considérées comme minimalistes.
Le processus le plus simple est celui de la
répétition.
La Forme continue (drones ou bourdons, des sons joués ou soutenus sans arrêt et superposés) avec des changements rares en est un autre. L'élément Tonal est important: ce sont des musiques souvent tonales, consonantes.On va entendre une pièce de musique n'employant qu'une seule note (Pierre Henry, "Symphony Monoton", "Monochromie", dans les années 60,  du peintre Yves Klein). Ou bien une pièce n'employant qu' une seule note ou la répétition de trois mêmes notes jouées avec le même instrument (Arvo Pärt) pendant une longue période.
L'intérêt de l'auditeur va se situer sur le coeur du son ou dans l'attention qu'il portera aux changements subtils dans la musique, ou aux répétitions incessantes.

Deux oeuvres sont souvent citées comme pouvant être à l'origine du mouvement: "Vexations" d'Erik Satie et "4'33" de John Cage.
-La première est une pièce de musique dans laquelle une petite mélodie au piano d'une minute trente environ est répétée de façon exacte 840 fois qui a été exécutée en 63, ce qui peut l'amener à être jouée pratiquement une journée entière...
-Quant à J.Cage, il pose que
tout son, tout silence, peut être une musique. "4'33" est une pièce qui dure le temps indiqué dans un silence complet. Il ouvre en cela une nouvelle voie: ce n'est pas "de plus en plus" mais "de moins en moins" et "de façon différente".

L'oeuvre considérée comme initiatique fut
"Trio for Strings" de La Monte Young en 1958. C'est la première à utiliser de façon quasi exclusive des notes extrêmement longues (longs silences aussi). Ce n'est pas l'enchaînement des notes qui donne de l'intérêt à une oeuvre, mais le coeur de la note, le son et le temps. On a une impression de temps suspendu. Cette oeuvre va être non seulement la première d'une longue série, mais influencera fortement tous les autres musiciens du mouvement.
Terry Riley
rencontre La monte Young en 1959, travaille avec lui et développe l'aspect répétitif et la consonance dans le minimalisme. Il introduit aussi les manipulations et boucles de bandes magnétiques. Avec d'autres musiciens dont Cage ils forment le "Theatre of Eternal music" qui sera un lieu d'avant-garde.
En 1964 Riley, émigré en Europe, depuis deux ans, revient avec une oeuvre révolutionnaire: "In C".Cette pièce est écrite pour un nombre indéterminé de musiciens et pour des instruments indéterminés. Chaque musicien jouera les 53 motifs ou mini-mélodies qui forment la pièce dans l'ordre donné, mais en répétant chacun un nombre de fois choisi par eux. Nombre différent pour chaque motif. Seul le rythme est imposé par une pulsation jouée au piano qui renforce le côté obsédant de la pièce. Cette pièce est Unique. Elle est écrite pour le grand public, et non pour des initiés, mais terriblement originale et envoûtante.
Lien vers l'analyse de cette oeuvre

terry riley sur scène avec son ensemble

j'ai inclus cette vidéo car outre qu'elle permet de voir les instrumentistes jouer, elle montre bien les petites variations dans la continuité (une oreille peu experte aurait tendance à dire que c'est toujours pareil, alors que c'est un travail de fourmi, qui simule le mouvement perpétuel, avec une évolution interne).

Autre pièce de Riley "A rainbow in curved Air" (1969)

Steve Reich est aussi un des piliers du Minimalisme en Musique. Après des études de philosophie et de musique, il expérimente avec des magnétophones et des boucles, puis découvre le procédé du déphasage. (Cela consiste à répéter une structure musicale et à la superposer à elle-même tout en décalant dans le temps, petit à petit, une structure par rapport à l'autre). Ce procédé sera illustré dans "Pendulum Music" en 68, qui consiste à utiliser l'effet Larsen et la périodicité de plusieurs pendules. Certaines de ses oeuvres seront composées avec des conseils mutuels entre lui et Phil Glass. Ses oeuvres sont axées sur la répétition. Suivront "It's gonna rain", "Piano Phase", "Four organs", "Come out", ...Plus tard Reich se rendra en Afrique et étudiera les Percussions, ce qui l'amènera à intensifier l'aspect rythmique de ses compositions ("Drumming"). Un autre aspect que j'aime particulièrement chez Reich, c'est le mélange des sons live et des sons préenregistrés, ce qui n'est pas forcément une référence minimaliste, par ailleurs, puisqu'on le retrouve chez nombre de compositeurs contemporains (par exemple, Xu Yi, mais c'est un autre sujet).
Les autres compositeurs ont tous voyagé également et se sont inspirés de l'Orient et de l'Extrême-Orient, notamment: Glass à Paris et en Inde, où il rencontre Ravi Shankar, Riley en Europe, Young en Allemagne.


Phil Glass apporte le procédé d'addition (ajout de notes, progressivement, à des petites structures musicales répétées en boucle à l'infini, ce qui oblige l'auditeur à se concentrer sur les micro-variations de quelque chose qui à priori est simplement répétitif ).
Riley, lui, donne des concerts qui durent toute la nuit (comme en Inde)où le compositeur se livre à des improvisations basées sur le la musique répétitive et cyclique. (voir Vidéo)
Young met en place des installations sonores (avec électronique) et se concentre sur les drones. Les sons continus sont sa principale préoccupation, avec l'utilisation d'accords peu courants qui rebutent parfois le public.

Steve reich "different trains": after the war (88)
Phil Glass "Einstein on the Beach" (opera): Knee 3 (76) Phil Glass ensemble "Train Spaceship part 2" in "Einstein on the beach" (Londres, 82)

La chanteuse fait une prestation impressionnante, ainsi que Phil Glass au clavier. La concentration, voire une certaine transe semblent incluses et font référence à la musique Indienne.

Terry Riley inspire Daevid Allen et lui transmet les techniques de boucles de bandes dont hériteront les fondateurs du Rock Progressif: The Soft Machine.
Soft Machine "Pop 2" album "Dondestan" (
Théâtre de la musique, 70) Ici aussi, prestation impressionnante du chanteur batteur avec des effets d'écho, de résonance, une recherche de sonorités nouvelles et très novatrices dans ce type de musique. De la musique de chambre expérimentale dans le Rock des années 70.

4 commentaires:

br'1 a dit…

Scotchée par Phil Glass. J'adore, et j'ai toujours aimé les musiques de ce compositeur alors qu'elles sont à l'encontre de mes goûts habituels pour l'espace, la respiration, l' étirement, le minimalisme. Je me vautre dans l'aspect hypnotique de cette musique.

madame musique a dit…

moi pareil, c'est tellement "moderne"! comme dans le film de chaplin, un mouvement en marche, on arrête le disque parce que c'est insupportable ou on se laisse rouler avec l'impression d'être emporté par un tapis roulant de sons. On ne peut plus se retourner. Je vais aborder cette oeuvre l'an prochain, je l'ai écoutée intégralement, une sacrée expérience...

Br'1 a dit…

Eh, je rêve ou la dame elle chante le nom des notes en français? (ds la video P Glass)

madame musique a dit…

oui, c'est bien çà, c'est un mode pentatonique (mais un peu différent, il ressemble au mode slendro indonésien en fait) et dans "knee 3" ce sont des séries de nombres énoncés rapidement de façon répétitive, mais il y a aussi de nombreux textes. Si tu peux voir le documentaire "Absolute Wilson" de Katharina Otto-Bernstein (je l'ai vu hier), il y a des extraits de cet opéra et bien d'autres, c'est passionnant.c'est le nom du metteur en scène.