mardi 20 février 2007

le Jazz Swing


"April in Paris"
(glenn miller,
Duke Ellington, Benny Goodman,
Count Basie & Woody Herman


Au cours du XXème siècle, le Jazz, musique plurielle, vivante et en constante évolution, a modifié sa forme et s'est enrichi de multiples influences, s'efforçant de ne pas devenir une "institution". Musique de rue qui a cependant exercé sa fascination sur toutes les couches de la population, auprès de toutes les sensibilités culturelles et ethniques.

Différents courants se succèdent, se croisent et cohabitent dans le Jazz. Cette fois j'ai eu envie de présenter le Swing, autrement appelé "Middle Jazz".

"Le Jazz a toujours été associé à quelque chose de peu fréquentable, comme ces types un peu louches dont vous ne voudriez pas comme mari pour votre fille...Le mot "Jazz" est un problème en lui-même, puisqu'il a toujours été associé aux bordels de la Nouvelle Orleans. Dans les années 20, j'ai tenté de convaincre Fletcher Henderson d'appeler le Jazz "musique noire". Mais maintenant, il est trop tard. Cette musique s'est tellement intégrée que vous ne pouvez la dissocoer de telle ou telle manière, ni l'associer à une couleur de peau...(Duke Ellington).



Avant le Swing, ont existé d'autres styles, le Blues, le Jazz New Orleans, les Negro Spirituals, le Gospel, le Ragtime, le Boogie Woogie, le style "Hot" de Chicago avec Louis Armstrong, trompettiste issu de la Nouvelle Orleans, dans les années 20, qui a littéralement ouvert la voie au Jazz moderne, avec l'avènement des Big Bands.

Le terme Swing, qui signifie en anglais "se balancer", ou "balancer", c'est aussi le terme qui exprime la manière d'interpréter le Jazz, joué en faisant "balancer" le rythme. C'est le sens inné du rythme, du Groove, du feeling, de l'improvisation que possède un ensemble de Jazz, et qui donne cette tension typique de cette musique . Ce balancement favorise la danse et se démarque du style "Hot" encore relié au Ragtime.

Sur le plan rythmique, on substitue à toute formule binaire une formule ternaire "balancée" - en anglais "shuffle" - succession de 2 croches qui sera jouée comme une succession de 3 croches en triolet.


Vers 1928-1930 une nouvelle forme de jeu se développe donc lors de l'exode des musiciens de Chicago vers New York, et Kansas City : c'est le Swing. Cependant on dit qu'il serait apparu pour la 1ère fois en 1907 dans une composition de Jerry Roll Morton: "Georgia Swing". C'est donc le style caractéristique du courant du Middle Jazz, Jazz majoritaire dans les années 30, qui s'exprimera à plein dans le cadre des Big Bands. Basés sur le Blues et le Boogie Woogie les orchestres élaborent des thèmes simples et utilisent souvent des phrases musicales courtes de 2 à 4 mesures appelées "Riffs" qui, répétées en contrepoint, font naître le Swing.

New York devient la capitale du Jazz, la 52e Rue étant rebaptisée "Swing Street". De nombreux Clubs ouvrent malgré la prohibition. "Swing Street était une rue très animée, les musiciens passaient d'une boîte à l'autre, d'un Club à l'autre. Le Dimanche après-midi était consacré aux Jam Sessions (rencontres, "boeufs" entre musiciens).



Les années 30 sont cependant celles du Krach de Wall Street (en 1929), et la crise économique qui durera jusqu'en 1934. Beaucoup de musiciens sont au chômage, les maisons de disques font faillite. Seuls certains musiciens seront épargnés (Duke Ellington, par exemple, continue à jouer au Cotton Club). Le Jazz représente un échappatoire pour les Américains, qui ont besoin de s'étourdir et d'oublier leur inquiétudes.

Des musiciens se retrouvent à Kansas City, ville industrielle qui échappe à la crise, où naît le style "Kansas City". Le quartier réservé, protégé par les hommes politiques accueille les musiciens et permet au Jazz de continuer à prospérer. Cependant, à l'entrée en guerre des Etats-Unis, cet élan sera stoppé, puis ce courant sera remplacé par le Be Bop.

L'ère du Swing se caractérise par l'apparition de grands orchestres (les Big Bands): ceux de Duke Ellington, Count Basie ou Benny Goodman sont les plus célèbres. Un Big Band se compose de 15 à 20 musiciens, divisés en sections.
Section rythmique (piano, guitare, contrebasse, batterie) et section mélodique (Cuivres et bois: trompette, trombone, saxophone, clarinette).
L'orchestration se fait plus complexe, les rythmiques et les mélodies s'affinent. Les arrangements sont écrits par un compositeur, et l'improvisation est très structurée. Il y a la partition "conducteur" et les parties séparées. Toutefois des modifications peuvent y être apportées lors des répétitions. Il existe aussi un type d'arrangement ("head" ou "stock" arrangement) sans partition avec juste des indications verbales et chantées que les instrumentistes mémorisent. Une des clés de l'arrangement est le "voicing" (quels instruments l'on choisit pour telle partie et comment ils seront utilisés en fonction de l'effet polyphonique recherché).
Les improvisations s'affranchissent progressivement de la mélodie (Thème) de base du morceau, elles ne sont plus des variations ou paraphrases, mais de vraies inventions qui tiennent compte surtout des accords du piano ou de la guitare, et des notes principales de ces accords (émises par la contrebasse).
Au point de vue rythmique, tous les temps (les 4),sont marqués individuellement, les temps faibles (2 et 4) étant accentués. L'écoute attentive de la contrebasse suffit pour comprendre que tous les temps sont joués distinctement et aussi se rendre compte du principe "Four Beats" (4 temps). Si l'on écoute bien la Batterie, on constate facilement que les 2e et 4e temps sont mis en valeur par la caisse claire. La cymbale "Ride" (douce) marque l'alternance longue-courte (avec des exceptions).



Louis Armstrong & Dizzy Gillespie -
"Umbrella man"

Ces Big Bands favorisent l'apparition de grands solistes, parmi lesquels Art Tatum, Benny Goodman, Billie Holiday, Charlie Christian, Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald,Lester Young, Lionel Hampton, et beaucoup d'autres. L'importance donnée au soliste augmente, les "Chorus" en solo deviennent le centre du morceau, soutenus par l'orchestre.

Ainsi on retient la sonorité richement timbrée et très expressive de Coleman Hawkins, donnant un Swing nerveux, des improvisations plutôt lyriques, un discours abondant. Mais de Lester Young une sonorité dense mais peu vibrante, donnant un Swing nonchalant, des improvisations contrastées, avec une certaine réserve dans le jeu. Mais la vague du Swing est d'abord représentée par Benny Goodman: musique au tempo enlevé, pulsation régulière.

"It don't mean a thing if you ain't got that swing"
Le style "Jungle" appartient au Swing: "rythme sèchement battu, lamentations des anches, vociférations grumeleuses des trompettes et des trombones (Cuivres "wa wa" ou "growl", percussion "gong" et "tam tam"), évoquant l'angoissante épaisseur de la forêt et agitant les fantasmes d'une Afrique originelle." Le style fut habilement comparé, dans les années 20, à la "jungle urbaine" de la surpopulation, de la prohibition et de la corruption.
Duke Ellington illustrera magnifiquement ce genre, en 1927 au Cotton Club, auprès d'un public blanc avide de sensations exotiques. Ses meilleures compositions dans ce style sont:
"Black and tan fantasy", "The Mooche", "Echoes of the jungle" et "Koko".
Le style "Mood" (état d'esprit) est apparu dans les années 30. Il désigne des arrangements sophistiqués, une recherche harmonique intense et un goût pour les accompagnements raffinés.
Duke Ellington, en sortant de la Jungle, l'adoptera en écrivant "Mood Indigo".
Enfin le Mainstream, est le courant principal caractérisé par les Jazzmen fidèles à la période du Swing (années 30 à 40), formule de Jazz actuellement la plus répandue (appelée aussi "Middle Jazz"), qui conservent le rythme à 4 temps et le soin apporté par les arrangeurs aux accompagnements des Big bands.

le Jazz Swing: les grands solistes de la section rythmique


DUKE ELLINGTON (1899-1974)


"Take the "A" train"

Pianiste, compositeur et chef d'orchestre. Il étudie d'abord l'Art puis se consacre à la musique. Il fait ses débuts à New York, sous l'influence de King Oliver, au Cotton Club de Harlem. En 1923, il joue dans les "Washingtonians" dont il prend la direction l'année suivante. Ils se produisent à New York jusqu'en 1931. Ensuite, ils feront des tournées internationales.
Le génie du "Duke" s'exprime pleinement dans ses combinaisons harmoniques reliant tous les musiciens, ou dans les déliés mélodiques qui font intervenir chaque instrumentiste...
Richesse des textures musicales, variété des inspirations, juste exploitation des solistes, ouverture musicale innée: il est l'un des monstres sacrés du Jazz, a écrit environ 1000 compositions, tout en dirigeant son orchestre, avec de véritables concertos pour ses musiciens.
De ce génie naissent des classiques d'entre les classiques, comme "Sophisticated Lady", ou "Mood Indigo".
Il a pratiqué quatre styles majeurs: le "Jungle style", le "Mood style", le "Concerto style", et le "standard style".
Il a eu deux orchestres célèbres: dans les années 20, avec Bubber Miley (trompette), Joe Tricky Sam Nanton (trombone), et Hary Carney (saxo). Puis dans les années 40, avec Jimmy Blanton (contrebasse), Ven Webster (Saxo Ténor), avec le fameux
"Take the "A" train".





Duke Ellington-Hot Chocolate
avec une démonstration impressionnante de lindy hop

FATS WALLER (1904-1943)

"The joint is jumpin"

Pianiste, organiste, et chef d'orchestre. Né à Harlem (NYork), il apprend le piano à l'âge de 6 ans, et en 1918, gagne un concours. En 1922, il gagne sa vie en jouant dans les cinémas, accompagnant les vaudeville. En 1927, il compose avec James P.Johnson, pour son spectacle "Keep Shufflin", puis, en 1929, il écrit la musique de la revue "Hot Chocolate". En 1934, il signe avec la société Vidor lors d'une soirée donnée par George Gershwin. Pendant les années 30, il est un Star de la Radio, et fait plusieurs tournées en Europe.
Entertainer dans l'âme, il a composé "Honeysuckle Rose", "Ain't misbehavin'". Il a influencé de nombreux artistes, parmi lesquels Thelonious Monk, Bud Powell ou Art Tatum, ainsi que Count Basie. Dans son jeu, les cascades de notes de la main droite s'équilibrent merveilleusement avec les plaques rythmiques de sa main gauche, dans un style enjoué et brillant. Un déluge de sons, mais toujours avec intelligibilité.


COUNT BASIE (1904-1984)

Pianiste, organiste et chef d'orchestre. Il apprend son métier en accompagnant les films muets et les vaudeville, sous la férule de Fats Waller puis avec les pianistes de style "stride" à New York. En 1929, il fera partie de divers groupes à Kansas City puis de l'orchestre de Benny Moten, qui se veut une alternative au son "Nouvelle Orleans". A la mort de ce dernier il forme un groupe et se produit au Reno Club (avec Buster Smith, Jack Washington, Lester young, Hershell Evans, et Jimmy Rushing). Grâce à John Hammond (découvreur de talents) il tourne à Chicago et New York. C'est la grande époque du Swing, son orchestre est alors aussi célèbre que celui du "Duke" ou de Benny Goodman.


"Battle Royal" (Count Basie et Duke Ellington)

Il enchaîne tournées et concerts de 1936 à 1940 avec Jo Jones (batterie), Walter Page (contrebasse), et Freddie Green (guitare). Pendant la 2de Guerre Mondiale, son orchestre comprend divers musiciens en fonction des départs sur le Front. En 1950, il dirige un Combo puis reprend un grand orchestre en tant que chef, faisant une 1ère tournée en Europe en 54, puis internationale. En 1960 il est reconnu comme l'un des plus grands.
Plutôt que de favoriser la technique, il préfère l'humour et le sens de la répartie de ses solistes. Nous sommes à l'apogée du Swing, auquel Basie restera fidèle, malgré de nouveaux arrangements de ses morceaux.




Count Basie and his Orchestra


(1909-1956)

Pratiquement aveugle, il étudie le piano dans un institut. En 1932, il accompagne la chanteuse Adelaïde Hall à New York, puis se produit en concert à Chicago, Londres, et New York. En 1943 il crée un Trio avec Everett Barksdale et Slam Stewart, puis il se produira surtout en Soliste et enregistrera avec Benny Carter, Lionel Hampton, et Roy Elridge. Malheureusement il meurt prématurément d'un diabète.


CHARLIE CHRISTIAN (1916-1942)

Guitariste. Né au Texas dans une famille de musiciens, il s'initie très jeune à la trompette, au piano, à la contrebasse, avant de choisir la guitare puis joue dans diverses formations. En 1937 il étudie avec Eddie Durham, inventeur de la guitare amplifiée.

"solo flight" (Charlie Christian)

Découvert par John Hammond, celui-ci le fait venir à Los Angeles. En 1939, il entre dans l'orchestre de Benny Goodman, dont il fera partie jsuqu'à sa mort. En 1941, il participe également aux Jam Sessions du Minton's Playhouse à New York, avec Kenny Clarke, Th. Monk, Charlie Parker, et Dizzy Gillespie. Atteint de tuberculose, il meurt prématurément à l'âge de 25 ans.


LIONEL HAMPTON (1909-?)

Vibraphoniste et batteur. Il débute à la batterie avec le groupe "Chicago Defender Newboys", joue dans divers groupes, puis rejoint les "Hite" qui accompagnent Armstrong. Celui-ci, impressionné par ses performances l'invite à une séance d'enregistrement et lui demande de jouer du Vibraphone. Il sera donc le premier à enregistrer avec cet instrument ("Memories of you"). Il quitte ensuite les "Hite" et forme son propre orchestre qui joue au Paradise Café à Los Angeles. En 1936 il commence à enregistrer avec Benny Goodman, Teddy Wilson et Gene Krupa ("Benny Goodman Quartett") et reste dans ce groupe jusqu'au début des années 40. Puis il forme son Big Band avec Dexter Gordon, Illinois Jacquet, Quincy Jones, Wes Montgomery, Clark Terry, Joe Newman, Fats Navarro, et Charlie Mingus...avec les chanteuses Dinah Washington et Aretha Franklin. Cet orchestre est alors célèbre dans le monde entier.

Benny Goodman Quintet Live avec Lionel Hampton et Gene Krupa

Il s'intéresse aussi à la politique et au social, crée la fondation Lionel Hampton Development Corporation destinée à la construction d'immeubles à Harlem pour améliorer les conditions de logement des familles défavorisées. Il est le premier vibraphoniste de l'Histoire du Jazz. C'est un génie de l'orchestration, il a le don de "faire monter la sauce" sonore de son orchestre, en lui insufflant les fameux crescendos dont il a le secret. L'un des géants du jazz depuis les années 30. L'un de ses titres les plus connus est: "Shufflin' at the Hollywood".

le Jazz Swing: les grands solistes de la section mélodique

COLEMAN HAWKINS (1901-1969) saxo Ténor (mais aussi pianiste et celliste, études musicales classiques). Il est engagé en 1922 par Mama Smith, puis joue avec Wilbur Sweatman, fait ses premiers enregistrements avec Fletcher Henderson et son orchestre jusqu'en 1934, où il rencontre Armstrong. Entre 1934 et 1939, en Europe, il joue et enregistre avec des musiciens Européens. (Django Reinhardt, Stéphane Grappelli). Au début de la 2ème Guerre Mondiale, il rentre aux Etats-Unis où il crée en 44 un Quartette avec Thelonious Monk et enregistre avec Dizzy Gillespie. En 46, il enregistre avec JJ.Johnson et Fats Navarro puis dans les années 50, il dirige un Quintette avec Roy Elridge, fait une tournée avec l'orchestre d'Illinois Jacquet. Enfin en 62 il enregistre avec Duke Ellington. Il participera à divers albums avec Sonny Rollins, Th.Monk, Max Roach, Eric Dolphy, et John Coltrane, jusqu'à la fin de sa vie.
"Crazy rythm"
Coleman Hawkins est le musicien Soliste par excellence, le premier qui apporta la reconnaissance au saxophone Ténor. Il apporte une nouvelle musicalité à son instrument, faisant preuve d'une imagination mélodique débridée, avec une sonorité pleine, et des couleurs audacieuses. En 1939, il livre "Body and Soul", un modèle du genre pour les arrangeurs et instrumentistes. Avec cet air il signifie sans le savoir la fin du Swing; le jeu est plus onctueux, tirant sur le Legato, et préfigure le style "Cool" des années 50.

Coleman Hawkins 1935! avec Leo de la Fuente sur une compo de Fats Waller
"I wish I were Twins"
GLENN MILLER (1904-1944), tromboniste. Très tôt il s'intéresse à la composition et aux arrangements d'orchestre, et commence à se frotter au milieu du Jazz au début des années 30, avec l'aide de Benny Goodman et de Tommy Dorsey. Sa carrière décolle en 1938, avec la création d'un second Big Band, le premier n'ayant pas eu le succès escompté. Mais, par la suite, il s'engage dans l'US Air Force et disparaît en mer, en 1944, alors qu'il allait donner un concert dans Paris libéré. Ses grands succès furent: "Chattanooga Choo", "Moonlight Serenade", et surtout "In the Mood", qui recèle la fraicheur caractéristique de ses oeuvres. Dans ses compositions il s'ingénie à doubler des instruments pour marquer le "swing" de son orchestre.
"In the Mood" Glenn Miller"

BENNY CARTER (1907-?), SAXOPHONISTE (alto). Issu d'une famille de musiciens, il joue d'abord chez June Clarck, puis chez Earl Hines et Horace Henderson. En 1928 il constitue son propre orchestre et participe aux travaux de Duke Ellington et Fletcher Henderson. En 1933 il dirige un grand orchestre, et en 35 émigre en Europe, jouant en Angleterre, en France et en Scandinavie. Il enregistrera avec Django Reinhardt et Coleman Hawkins. En 1938, de retour aux Etats-Unis, il s'installe sur la Côte Ouest et travaille pour le cinéma, la télé, tout en poursuivant une carrière internationale.

BENNY GOODMAN (1909-1986), clarinettiste et chef d'orchestre. (saxophoniste aussi). Dès 1923, il joue régulièrement à Chicago, puis rejoint l'orchestre de ben Pollack (et effectue ses premiers enregistrements). C'est un des plus grands Solistes. En 1928 il dirige ses propres sessions d'enregistrement puis quitte l'orchestre de Pollack l'année suivante et travaille en studio jusqu'en 1933. Son arrangeur est Fletcher henderson.

"On the sunny side of the street"

Après de nombreuses tournées aux Etats-Unis, il est proclamé Roi du Swing en 38 à New York. Il joue avec des solistes noirs (Lionel Hampton, Cootie Williams, Charlie Christian) en dépit de la ségrégation raciale en vigueur à l'époque. En 49 et 62, il jouera beaucoup à l'étranger (en Russie, en Europe, et en Asie) jusqu'à sa mort en 1986. Benny Goodman restera longtemps fidèle à une certaine esthétique "New Orleans" même s'il a multiplié les expériences avec de petites formations, à partir de la fin des années 30, et que dans les années 50, il développe des contacts avec des musiciens comme Bartok, Copland ou Hindemith. "King Porter Stomp" reste l'un de ses standards les plus illustres.



SING SING SING! Benny Goodman


LESTER YOUNG (1909-1959) saxophoniste, issu de la Nouvelle Orleans, il joue d'abord de la batterie puis se met au Saxophone. A partir de 1922, il jouera d'abord l'Alto puis le Baryton, se joignant à l'orchestre d'Art Bronson. 4 ans après il entre dans l'orchestre de Count Basie, se lie d'amitié avec Billie Holiday et Teddy Wilson, avec qui il enregistre. Il quitte l'orchestre de Basie entre 1940 et 1944 pour jouer avec Fletcher Henderson. A son retour du front, il sera managé par Norman Granz et tournera avec le "Jazz at the Philarmonic". Sa première tournée européenne a lieu en 1952, et il retournera régulièrement en Europe. Il est le Père du Jazz des années 50, un des inspirateurs du style Cool.

le Jazz Swing: les grands solistes du chant

CAB CALLOWAY (1907-1994) chanteur
Il remplace Duke Ellington au Cotton Club en 1932. Il symbolise à lui seul toute la joie de vivre des années 30. Chanteur fantaisiste, il est aussi chef d'orchestre. Avec Jonah Jones et Dizzy Gillespie (trompette), Ben Webster puis Chu Berry (Saxo), Danny Barker (guitare), et Cozy Cole (batteur) son ensemble est l'un des meilleurs des années Swing. Grâce à son succès "Minnie the Moocher" en 1931, il devient le plus illustre des Entertainers (amuseur) et le premier MC de l'histoire du Jazz. Il a créé le look "Zoosuitisme" adopté par les jeunes américains, puis par les zazous français.


BILLIE HOLIDAY (1915-1959) chanteuse
Après une enfance difficile, elle part rejoindre sa mère à New York en 1928. Elle chante dans de petits clubs de Harlem où elle est découverte par John Hammond. Elle enregistre alors avec Benny Goodman puis en 1930, elle chante dans le groupe de Teddy Wilson. En 1937, elle commence à enregistrer avec Lester Young qui la surnomme "Lady Day" et chante aussi dans l'orchestre de Count Basie. En 1938, elle travaille avec Artie Shaw, mais le racisme ambiant l'empêche souvent de travailler comme elle le voudrait. Elle est ensuite engagée au Cafe Societe de Greenwich Village à New York, et enregistre la très controversée chanson "Strange Fruit" qui parle de racisme.

"Strange Fruit"
En 1946 elle tourne dans le film "New Orleans" avec Armstrong, puis sa carrière est interrompue à plusieurs reprises par des séjours en prison liés à sa consommation de drogue.A partir de 1950, bien qu'elle perde peu à peu sa voix elle enregistrera avec les plus grands, et participe au premier festival de new York en 45 avec Lester Young, Gerry Mulligan, et Jo Jones...Les échecs de sa vie affective, les problèmes de drogue et d'alcool précipitent la fin de sa carrière. Elle publie son autobiographie "Lady sings the Blues", et meurt en 59, après une dernière apparition au Phoenix Theater de Londres.
Une voix incomparable, qui dévoile une sensibilité extrême et ses souffrances, en partie liées au racisme dont elle a beaucoup souffert.


Billie Holiday - Fine And Mellow


ELLA FITZGERALD (1918-1996) chanteuse
Née en Virginie dans une famille pauvre, elle gagne en 34 un concours de chant amateur à l'Apollo de Harlem et se voit engagée par Chick Webb. A sa mort, elle prend la tête de l'orchestre jusqu'en 41 puis démarre une carrière solo, accompagnée par les Ink Spots, Louis Jordan et les Delta Rythm Boys. A partir de 1946 elle chante avec le "Jazz at the Philarmonic "de Norman Granz qui devient son manager. Elle fait une tournée avec Dizzy Gillespie et incorpore le Be Bop à son style. Elle se marie avec le bassiste Ray Brown, qui l'accompagne avec son trio. En 1950, elle chante en Duo avec le pianiste Ellis Larkin des chansons de Gershwin (dont le très célèbre "Summertime"). En 1955 elle signe avec le label Verve (de Norman Granz) et enregistre de nombreux song books sur des musiques de Gershwin, Ellington, et Cole Porter. Suivront de nombreuses tournées à travers les Etats-Unis et l'Europe.
"Lullaby of Birdland" de Charlie Parker avec Duke Ellington
Dans les années 70, elle chantera avec Count Basie, Oscar Peterson (et en duo avec Jo Pass), puis en 80 sa voix commence à faiblir, et des problèmes de santé l'obligeront à se retirer de la scène en 94. Elle est la première chanteuse de Jazz à réellement improviser (Scat) et a su s'adapter au courant du Be Bop.


Ella Fitzgerald
"One of those things" avec le "Jazz at the Philarmonic"

le Jazz Swing: les danses

Parallèlement à l'essor de la musique Swing, et grâce à des danseurs comme Franky Manning ou Dean Collins, à partir des années 20, les rues et les dancings de New York, Los Angeles et de toute l'Amérique voient apparaître le Lindy Hop (ou Jitterbug).

En France les danses Swing arrivent avec les GI's Américains dans les années 40 et s'adaptent aux caves de Saint-Germain-des-Prés se transformant en Be Bop.

Le Lindy Hop se danse sur des musiques de Swing traditionnel (Count Basie, Duke Ellington, Benny Goodman, entre autres), mais aussi sur d'autres styles.
franck manning & ann johnson

Le Lindy Hop, c'est une danse en couples en 6 ou 8 temps qui emprunte de nombreux jeux de jambes au Charleston ou aux Claquettes ("Tap Dance"). Elle est issue du mélange des ryhmes africains et des mouvements structurés des danses Européennes, mais aussi du Fox Trot. Une des manières la plus courante de le danser est le "Savoy style" (du nom du grand club de Jazz).On la danse d'une manière assez exubérante, un peu "sauvage", avec des jetés charleston, de petites acrobaties défiant les lois de la gravité, le tout en maintenant une souplesse constante dans les genoux, sur un tempo endiablé. un exemple époustouflant dans le post "Le jazz Swing: solistes de la section rythmique, Duke Ellington dans la revue "Hot Chocolate", si vous ne l'avez pas vu, allez-y!)

Les Claquettes se sont développées en parallèle aux Etats-Unis, la virtuosité y est plus fine, mais les acrobaties sont également très impressionnantes parfois. Les "Nicholas Brothers" et les "Four Toppers" qui étaient aussi chanteurs en sont les principaux représentants, mais on pense évidemment à Fred Astaire, à Liza Minelli et à bien d'autres.

Nicholas Brothers in 1936 (in the movie "Lucky numbers" , non seulement ce sont des dieux des claquettes mais en plus ils chantent merveilleusement)


Bill bailey (un autre géant, superbe numéro, de plus en plus rapide et sortie en "Moonwalk" avant l'heure!)