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mardi 19 février 2008

MILES DAVIS: sommaire



-Le Cool Jazz et le West Coast Jazz

-Miles Davis

-Les grandes étapes de la carrière de Miles davis (videos diverses)

LE COOL JAZZ OU WEST COAST JAZZ

Je suis en train d'écouter cet album de Miles davis: "Birth of the cool" mais j'écoute aussi celui de Gerry Mulligan (1992) "The rebirth of the cool" qui est un remake qui malheureusement n'a pas pu réunir tous les musiciens, du fait de la mort de Miles Davis en 91. Il fut donc remplacé par Wallace Roney.

Le Cool Jazz n'est pas à proprement parler un "style", c'est en fait un courant de jazz datant des années 50 (bien qu'on en trouve déjà des prémisces dans les années 20 et 30 chez des musiciens tels que Lester Young et Bix beiderbecke). A cette époque, le Be Bop est le style pratiqué par la plupart des musiciens de Jazz.
Le Cool Jazz se caractérise en fait par une interprétation plus détendue, un son plus doux et sensuel, un phrasé peu accentué et très peu de vibrato. Les lignes mélodiques sont plus lentes, et harmonieuses, les arrangements très raffinés. C'est aussi un Jazz "de chambre". Les formations n'excèdent pas une dizaine de musiciens. Lester Young est l'idole des musiciens de Cool. Le répertoire est varié, il peut emprunter au swing de Count basie, aussi bien qu'aux pièces de Davis ou au néoclassicisme des orchestres blancs.
Il a été dit que ce mouvement reflétait l'ambiance d'après guerre, plutôt pessimiste, intellectuelle et ne sortant pas trop d'une certaine réserve sur le plan émotionnel. Il rencontrera le succès bien plus tard.

L'initiateur du mouvement est Miles davis, trompettiste (1926-1991). En 1948, il recrute des musiciens (Gerry Mulligan, John Lewis, Lee Konitz, mais aussi Gil Evans). Tous participeront à l'élaboration de "Birth of the Cool", Gil Evans étant l'arrangeur. Cet album va rester l'emblème du mouvement Cool, mis à part les enregistrements du quartet et du tentet de Mulligan.

En marge de cette école, il faut citer le pianiste Lennie Tristano qui, avec Lee Konitz et Warne Marsh va définir une esthétique Cool plus ascétique, qui se concentrera encore plus sur les lignes mélodiques des morceaux.

Mais le Cool Jazz c'est aussi le célèbre quintet de dave Brubeck et Paul Desmond.

Les représentants du Cool Jazz les plus connus sont donc: Miles Davis, Chet Baker, Gerry Mulligan, Lennie Tristano, Lee Konitz, Dave Brubeck et Stan Getz.


Le CoolJazz est souvent associé au mouvement "West Coast Jazz" joué en californie par des musiciens blancs travaillant dans les studios hollywoodiens. Parmi eux, Shorty Rogers, Chet Baker (trompettistes), et Shelty Mann (batteur).
En 1951, l'album de Rogers, "Modern Sounds" et les enregistrements de Gerry Mulligan avec son quartet sans piano avec Chet baker (1952) sont les plus représentatifs du genre.

Leurs influences: le Be Bop pour sa virtuosité et ses innovations), Lester Young (et son jeu détendu, Lennie Tristano (son expérience pré-free), le Swing de Count Basie, et les compositeurs du XXe siècle tels que Ravel et Debussy.
Ils savent lire les partitions et ont une solide formation musicale (contrepoint, harmonie, musicalité de l'interprétation). Les arrangements sont écrits et soignés, la musique écrite et l'improvisation sont intimement liées. D'autre part les formations incluent des instruments de l'orchestre symphonique tels que le Cor, le Tuba, ou le Hautbois. C'est un peu une fusion du jazz et du Classique.

L'album "Birth of the Cool" , en deux sessions fut enregistré en 1949 et 1950. La formation: un nonette (9 musiciens, dont Miles davis, Gerry Mulligan, Bill Barber, John Lewis, Lee Konitz et Kenny Clarke). Les arrangements sont de Gil Evans. L'album fut un échec commercial, bien qu'il ait inspiré des générations de musiciens par la suite, y compris le style "acidjazz" des groupes comme Portishead ou Massive Attack, mais aussi Björk ou Jamiroquai.
Cet album marque un tournant essentiel dans l'histoire du Jazz. Miles davis, lors de son voyage en Europe à Paris a découvert l'existentialisme, il en résulte une méfiance et une remise en question de l'expression jusque là plutôt extravertie des sentiments. Miles davis va rechercher un nouveau son. Il voudrait réconcilier le raffinement du Big Band et la tranparence des petites formations. L'orchestration sera donc légère (trombone, tuba, cors, saxophones). Cela donnera naissance à une musique calme, cristalline mais non privée d'énergie, simplement elle est plus abstraite, plus intellectuelle, plus "froide". Les solos mettent en valeur le son global de la formation plutôt que l'interprète soliste. La notion de temps (carrures, tempo) aussi est changée. Cela se voit particulièrement sur 2 compositions: "Jeru" et "Godchild". La carrure habituelle de 4 temps du jazz disparaît, le nombre impair de temps ou de mesures introduit une asymétrie dans la forme, il y a donc une fusion de l'arrangement et de l'improvisation, comme je l'ai dit. Jusque là on n'avait pas trop touché au cadre des morceaux, sauf peut-être Ellington qui associait ses standards à de grandes formes classiques comme le concerto, la symphonie, etc).

"Jeru" - Birth of the Cool


Lennie tristano berlin 1965

lundi 18 février 2008

Miles Davis

Si l’on devait définir Miles Davis en quelques phrases, il faudrait retenir ceci :

Miles Davis, c’est d’abord un son qui reflète une grande sensibilité musicale.
La fragilité qu’il arrive à donner au son qu’il produit et un jeu calme.
C’est aussi la capacité de s’entourer de jeunes musiciens dont il sait tirer le meilleur parti.
C’est enfin une conception progressiste de la musique et plus particulièrement du jazz.

Miles Davis, né en 1926 dans l’Illinois est décédé en 1991 à Santa Monica en Californie.
Il fut l’un des plus grands visionnaires et l’une des plus importantes figures du Jazz.

Issu d’une famille aisée de Saint-Louis, son amour pour la trompette commença à l’âge de 9 ans, âge auquel son oncle lui offrit l’instrument.. Ses parents et sa grand-mère étaient eux-mêmes musiciens.
Il devint un phénomène local et tourna dans sa région avec le Billy Eckstine Band alors qu’il était encore au lycée. Il partit pour New-York pour s’inscrire à la Juilliard School of Music mais la quitta rapidement. En fait, son intention était de rencontrer Charlie Parker et Dizzie Gillespie et de jouer avec eux. Il se hissa rapidement au sommet en apprenant beaucoup de Bird et Gillespie et devint le trompettiste du groupe de Charlie Parker pendant 3 ans environ.

Il fonda son premier groupe en 1949, la première de nombreuses fois où il essaya de donner au Jazz une nouvelle direction. Avec l’arrangeur Gil Evans, il créa un nonette (9 musiciens) qui utilisait des instruments non traditionnels dans le Jazz, comme le tuba et le cor. Il inventa un style plus subtil, qui devint connu sous le nom de « Cool Jazz ». Ce style influença beaucoup de musiciens qui au départ jouaient sur la Côte Ouest et il explora davantage ce style.

Les enregistrements du nonette sous le label Capitol Records furent nommés « The Birth of the Cool ». Le groupe comprenait parmi d’autres Konitz, Gerry Mulligan et Max Roach. C’est l’une des premières fois où Miles démontra une tendance récurrente qui en mettait plus d’un en colère: il employait des musiciens sans distinction de race. Il déclara une fois qu’il aurait donné un boulot à un gars à la peau verte tant que celui-ci jouerait comme Lee Konitz. Après avoir passé 4 ans à combattre une addiction à l’héroïne, il y parvint en s’inspirant de la discipline d’un boxeur, Sugar Ray Robinson.
Après une performance triomphante du classique de Thelonious Monk, Round midnight en 1955 au festival de Jazz de Newport, il devint un incontournable de la scène jazz.

Il fonda un quintette permanent qui comprenait John Coltrane, Red Garland, "Philly Joe" Jones et Paul Chambers. Miles avait le don d’entendre la musique dans sa tête et de faire jouer ensemble un groupe de musiciens incroyables dont les styles contrastés pouvaient atteindre en se rencontrant le résultat final qu’il recherchait. Il ajouta plus tard un 6e membre, Cannonball Adderley et remplaça Jones et Garland par Jimmy Cobb et Bill Evans.

A la fin des années 50, ses groupes popularisèrent le Jazz Modal et il lança une nouvelle direction dans le Jazz. Il produisit 2 classiques supplémentaires avec le Sextuor pendant ce temps, Milestones et Kind of Blue.
Ensuite, la plupart des membres du groupe partirent fonder leurs propres formations, ce qui fut une constante pendant toute la carrière de Miles davis.
Parmi les solistes issus des groupes de Davis on trouvait : John Coltrane, Cannonball Adderly, Red Garland, "Philly" Jo Jones, Bill Evans, Wayne Shorter, Joe Zawinul (Shorter et Zawinul formeront le groupe de fusion Weather Report), Keith Jarrett, Tony Williams, Herbie Hancock, John McGlaughlin, Chick Corea, John Scofield, Kenny Garrett, Mike Stern et Bob Berg.

Pendant ce temps, Miles et Gil Evans collaborèrent à nouveau et firent un nouvel album, Sketches of Spain dans lequel Miles Davis jouait de la musique Flamenco espagnole accompagnée par un orchestre. Son timbre était si beau et clair qu’on aurait presque dit que sa trompette chantait. Après avoir fait de nouvelles expériences avec des groupes différents pendant 3 ans, Miles, à la fin de la trentaine fusionna son groupe avec de jeunes musiciens pour initier de nouvelles idées. En 1963 il créa son 2e quintette légendaire :Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et son protégé le batteur de 16 ans Tony Williams.

Pendant 5 ans ce groupe poussa les limites de la liberté et produit un Jazz original et fougueux.
En 1968 Miles rajouta Joe Zawinul comme 2nd clavier et à partir de ce moment commença à expérimenter les instruments électriques. Il produisit le classique In a Silent Way et un an plus tard il ajouta le guitariste anglais John McLaughlin et remplaça Tony Williams (qui est parti son propre groupe) par Jack DeJohnette.

Puis il lança à nouveau une nouvelle direction dans le jazz avec l’album Bitches Brew dans lequel il faisait fusionner le Rock et le jazz et s’installa plus profondément dans la musique électrique. Cet album fut le premier qui consacra la fusion qui devait amener le Jazz à un niveau de popularité plus large.
Au début des années 70, Miles continua ses expériences avec les instruments électriques et fusionna sa musique avec le Funk. En 1976, la combinaison d’une mauvaise santé, de l’usage de la cocaïne et un manque d’inspiration furent la cause d’une pause de 5 ans. Il réussit à vaincre la cocaïne, retrouva l’inspiration et revint en 81 avec une série d’albums.
Il continua à pousser les limites du jazz car il n’était pas homme à se reposer sur ses lauriers et à jouer de la musique dépassée. Il commença à faire de plus en plus d’expériences avec les synthétiseurs et à utiliser des techniques de studio dans ses enregistrements.
Il gagna une série de Grammy Awards pendant cette décennie et continua à tourner avec des solistes comme Garrett, Stern et Berg, déjà cités.
Miles Davis est décédé en 91.

Les grandes périodes de la carrière de Miles Davis

Les grandes périodes de la carrière de Miles Davis
Miles Davis était le "Picasso du Jazz," se renouvelant sans fin lui-même ainsi que son jeu dans sa quête musicale. Il fut un artiste qui défia (et méprisa) la catégorisation et pourtant il fut le pionnier et l’innovateur de plusieurs mouvements musicaux distincts et importants.

La période “Kind of blue”.
Miles & 'Trane - Kind Of Blue Period (1955-1961)
The Collaboration That Created the Greatest Jazz Album of All Time

Miles débuta sa collaboration chez Columbia Records en 55 avec 'Round About Midnight qui établit son premier quintette classique et le style Hard Bop. John Coltrane, découvert par Miles davis commença à développer une solide réputation parmi les musiciens.

Round Midnight (Stockhölm, 67)


Milestones (58) montrait la première utilisation par Davis des modes, et rejoint par Cannonball Adderly (saxo alto) le groupe devint un sextette puissant. Cet album introduit les premiers éléments de la musique modale. Dans l’album de Cannonball Adderly, il interprètait Autumn Leaves (les feuilles mortes).
Autumn leaves


Les sessions de 58 introduisirent Bill Evans dans le monde de Miles Davis et l’influence d’Evans fut évidente par rapport aux premières sessions.
L’attitude de Miles devint encore plus unicentrée et romantique et le résultat fut l’enregistrement de Kind of Blue (59), que beaucoup considèrent comme l’un des chefs d’oeuvres du Jazz. Album improvisé autour de trames qu’il avait composées. Le son était mis avant tout. Le riff de « So What » était en mode dorien (une grille de deux accords : Ré-Mi bémol)
So what


Someday My Prince will come amena Davis a un arrangement plus Funky avec Hank Mobley et Wynton Kelly rejoignant Paul Chambers et Jimmy Cobb. Coltrane fut rajouté au groupe pour l’enregistrement de deux titres.

La période “sketches of spain
Miles & Gil - Sketches Of Spain Period (1957-1968)
Like Minds — The Genius of Miles Davis & Gil Evans

Ces albums sont des exemples définitifs de la façon dont la voix de Miles davis était le catalyseur des orchestrations luxuriantes et sympathiques de Gil Evans.
Miles Ahead (57) fut la première production majeure dont Colombia se chargea au nom de Miles et la musique était puissante et excitante. Porgy and Bess (58) prolongea les efforts collaboratifs de Davis et Evans avec cet enregistrement illustre. Pour Porgy and Bess, Gil Evans apporta l’accompagnement à Miles davis qui permit à celui-ci d’être le « chanteur de chansons » que Gil voulait qu’il soit.
I love you Porgy


Sketches of Pain 59-60 (basé sur le « Concerto d’Aranjuez » pour guitare et orchestre de Rodrigo) fut le mélange de musique Jazz et Classique le plus réussi et créa pour Miles un son qu’il développa plus loin dans sa carrière. Quiet Nights était une tentative de définition du son Brésilien qui devenait à la mode au début des années 60. L’album a de très beaux moments, mais n’a pas survécu aux trois autres.
Sketches of pain : Concerto d’Aranjuez de Rodrigo


La deuxième grande période du Quintette
The Second Great Quintet Period (1965-1968)
Miles & His Disciples — Daring, Ferocious, Mysterious

Quand Miles rassembla Wayne Shorter, Herbie Hancock, Ron Carter et Tony Williams il avait un groupe qui était à cheval sur à la fois les traditions du Jazz et les nouvelles frontières avant-gardistes. Miles déclara avoir beaucoup appris à leur contact.
ESP (65) fut le premier enregistrement studio qui permit de capter l’interaction et le potentiel créatif que le groupe allait développer. Il reprenait des standards de Davis comme « My Funny Valentine ».
My Funny Valentine accompagné par Victor H. (High School Sophomore)



Miles Smiles (66) est l’un des meilleurs albums de Jazz de chambre que Miles a fait et la musique était audacieuse et féroce. Sorcerer et Nefertiti (67) sont de mytérieux albums qui ont capté le côté impressionniste du Quintette. Les deux albums furent enregistrés pendant les mois de Juin et Juillet 1967 et reflètent le groupe au cours de leur travail.
Miles In the Sky (68) mit l’accent sur le changement de cap que Miles cherchait en ajoutant le Piano électrique Fender Rhodes à son arsenal de son aussi bien que l’incorporation du Funk dans la palette rythmique du groupe. Ce groupe était l’un des plus influents du jazz. Le Complete Live at the Plugged Nickel capte le groupe en concert et les méthodes de travail sont montrées dans le coffret.

La période électrique
The Electric Period - Rock, Fusion, Funk (1968-1972)
Miles Goes Electric — A Journey That Changed the Jazz World Forever

Une fois que Miles s’était engagé à faire évoluer sa musique, il entama une tournée qui changea le monde du Jazz à jamais. En 1968, il commença à utiliser exclusivement des claviers électriques et bientôt une basse et une guitare électriques, la percussion et la clarinette basse faisant leur entrée dans la façon mystérieuse de Miles d’utiliser la couleur musicale.
Water Babies était une collection de sessions qui sortit en 1976 – huit ans après leur enregistrement – et cela sonnait comme si c’était nouveau. Filles de Kilimandjaro (68) était un changement de cap qui définit l’intrusion de Miles dans le monde du Rock’n’Roll. In a Silent Way (69) fut un enregistrement important dans le sens où cela démontrait le bon côté de l’influence du Rock sur la musique de Miles.
In a silent Way (paris, 91)


Quoi qu’il en soit, Bitches Brew (70) fut l’album capital de Miles, qui se vendit à plus de 400 000 copies dès la première année de sa sortie. Toutes les stars majeures de la fusion des années 70 (John MacLaughlin et Joe Zawinul) apparaissent sur cet enregistrement et Miles connut le succès aussi bien que la controverse. Cet album est considéré par les critiques comme une grande cassure entre le Jazz traditionnel et la mutation du Jazz. Il montrait une approche plus ouverte de l’improvisation, et contient des collages d’extraits des prises de studio.
Bitches Brew


Il ajouta à son groupe des sitars et des tablas. Les titres issus de ces séances («Great Expectations », « Orange Lady », « Lonely Fire » furent publiés en 74 dans l’album Big Fun. A partir de 70, il inclut l’influence du Funk (James Brown, Sly & the Family Stone).
Lonely Fire

A Tribute To Jack Johnson (70) est le seul album de Miles totalement influencé par le Rock et fut utilisé comme bande-son d’un documentaire sur le fameux boxeur. A l’occasion d’un enregistrement dans un club de Washington il embaucha Michael henderson ancien musicien de studio pour Motown et membre du groupe de Stevie Wonder. Son style Funky, basé sur des lignes répétitives influença Miles.
Live-Evil (71) était un mélange d’expériences en studio et d’un concert live de Washington, DC.
Live Evil, ca 71

Black Beauty et Live at Fillmore captèrent le groupe de Miles à son sommet de créativité et d’intensité alors que Miles repoussait les limites du Jazz et du Rock.
On The Corner (72) était une tentative de Miles d’atteindre le public de la jeunesse noire qui lui avait échappé. C’est un chef d’œuvre de Jazz-Funk. Miles utilisait la pédale wah-wah
pour distordre les sons de sa trompette. Celui-ci devint également un enregistrement très controversé à ce moment-là, mais qui est considéré aujourd’hui comme d’avant-garde, avec l’utilisation de doublage, de boucles, et de rythmes de danse intenses. La forme exposition du thème –soli- réexposition explosait. L’album reflètait une nouvelle approche constante de la musique (déstructuration-restructuration) et l’importance de l’improvisation.
On the corner (76)

In Concert, Dark Magus, Pangaea et Agharta (75) furent enregistrés en concert et représentèrent le groupe de Miles dans son aspect le plus abstrait et atmosphérique, avec l’usage de trois guitares et de longues improvisations. Get up with it fut le dernier enregistrement studio de Miles à paraître avant qu’il se retire de la scène en 1976, et contenait un hommage beau et entêtant à Duke Ellington.

Les derniers travaux
The Man With A Horn & Beyond — The Later Works
Miles On The Comeback

Quand Davis revint à une vie musicale active en 1980, il avait un nouveau groupe et un son qui était contemporain mais plus aussi abstrait. The Man with a Horn (81) est le premier enregistrement de cette période et permit à Miles de revenir sous les feux de la rampe. We want Miles (82) montra sa nouvelle tournée avec son groupe en concert et draina de nouveaux jeunes fans dans le monde de Miles grâce à cela. Il joua alors le rôle d’initiateur, de passeur qui permettrait à de nombreux amateurs de musique plus rock de découvrir la beauté d’un silence, d’une respiration au sein d’une harmonie gorgée d’émotions et d’énergie.
« Jean-Pierre » est l’ un de ces classiques.
Jean-Pierre


Decoy et You’re under Arrest (83 à 86) furent des albums studios qui montraient que Miles écoutait toujours la musique noire contemporaine et la rendait très personnellement. On y trouve des citations de Michael Jackson et de Cindy Lauper.

You’re under arrest


Aura fut le dernier grand enregistrement, qui utilisait un orchestre qui interprètait une suite écrite spécialement pour lui. Au contraire des autres enregistrements des années 80, Aura était un album à dominante acoustique qui rappelait des souvenirs du Miles des premières années aux oreilles de ses fans.
Le dernier album posthume, « Doo Bop » (92) fut une collaboration avec des musiciens de Hip Hop (section rythmique) et de rap (chant).
Doo Bop Song (92)


Quelques citations :
« Pourquoi jouer tant de notes alors qu’il suffit de jouer les plus belles ? »
« La véritable musique est le silence, les notes ne font qu’encadrer ce silence ».


Miles Davis était aussi peintre amateur. Les peintures de Miles davis ici.

mardi 20 février 2007

le Jazz Swing


"April in Paris"
(glenn miller,
Duke Ellington, Benny Goodman,
Count Basie & Woody Herman


Au cours du XXème siècle, le Jazz, musique plurielle, vivante et en constante évolution, a modifié sa forme et s'est enrichi de multiples influences, s'efforçant de ne pas devenir une "institution". Musique de rue qui a cependant exercé sa fascination sur toutes les couches de la population, auprès de toutes les sensibilités culturelles et ethniques.

Différents courants se succèdent, se croisent et cohabitent dans le Jazz. Cette fois j'ai eu envie de présenter le Swing, autrement appelé "Middle Jazz".

"Le Jazz a toujours été associé à quelque chose de peu fréquentable, comme ces types un peu louches dont vous ne voudriez pas comme mari pour votre fille...Le mot "Jazz" est un problème en lui-même, puisqu'il a toujours été associé aux bordels de la Nouvelle Orleans. Dans les années 20, j'ai tenté de convaincre Fletcher Henderson d'appeler le Jazz "musique noire". Mais maintenant, il est trop tard. Cette musique s'est tellement intégrée que vous ne pouvez la dissocoer de telle ou telle manière, ni l'associer à une couleur de peau...(Duke Ellington).



Avant le Swing, ont existé d'autres styles, le Blues, le Jazz New Orleans, les Negro Spirituals, le Gospel, le Ragtime, le Boogie Woogie, le style "Hot" de Chicago avec Louis Armstrong, trompettiste issu de la Nouvelle Orleans, dans les années 20, qui a littéralement ouvert la voie au Jazz moderne, avec l'avènement des Big Bands.

Le terme Swing, qui signifie en anglais "se balancer", ou "balancer", c'est aussi le terme qui exprime la manière d'interpréter le Jazz, joué en faisant "balancer" le rythme. C'est le sens inné du rythme, du Groove, du feeling, de l'improvisation que possède un ensemble de Jazz, et qui donne cette tension typique de cette musique . Ce balancement favorise la danse et se démarque du style "Hot" encore relié au Ragtime.

Sur le plan rythmique, on substitue à toute formule binaire une formule ternaire "balancée" - en anglais "shuffle" - succession de 2 croches qui sera jouée comme une succession de 3 croches en triolet.


Vers 1928-1930 une nouvelle forme de jeu se développe donc lors de l'exode des musiciens de Chicago vers New York, et Kansas City : c'est le Swing. Cependant on dit qu'il serait apparu pour la 1ère fois en 1907 dans une composition de Jerry Roll Morton: "Georgia Swing". C'est donc le style caractéristique du courant du Middle Jazz, Jazz majoritaire dans les années 30, qui s'exprimera à plein dans le cadre des Big Bands. Basés sur le Blues et le Boogie Woogie les orchestres élaborent des thèmes simples et utilisent souvent des phrases musicales courtes de 2 à 4 mesures appelées "Riffs" qui, répétées en contrepoint, font naître le Swing.

New York devient la capitale du Jazz, la 52e Rue étant rebaptisée "Swing Street". De nombreux Clubs ouvrent malgré la prohibition. "Swing Street était une rue très animée, les musiciens passaient d'une boîte à l'autre, d'un Club à l'autre. Le Dimanche après-midi était consacré aux Jam Sessions (rencontres, "boeufs" entre musiciens).



Les années 30 sont cependant celles du Krach de Wall Street (en 1929), et la crise économique qui durera jusqu'en 1934. Beaucoup de musiciens sont au chômage, les maisons de disques font faillite. Seuls certains musiciens seront épargnés (Duke Ellington, par exemple, continue à jouer au Cotton Club). Le Jazz représente un échappatoire pour les Américains, qui ont besoin de s'étourdir et d'oublier leur inquiétudes.

Des musiciens se retrouvent à Kansas City, ville industrielle qui échappe à la crise, où naît le style "Kansas City". Le quartier réservé, protégé par les hommes politiques accueille les musiciens et permet au Jazz de continuer à prospérer. Cependant, à l'entrée en guerre des Etats-Unis, cet élan sera stoppé, puis ce courant sera remplacé par le Be Bop.

L'ère du Swing se caractérise par l'apparition de grands orchestres (les Big Bands): ceux de Duke Ellington, Count Basie ou Benny Goodman sont les plus célèbres. Un Big Band se compose de 15 à 20 musiciens, divisés en sections.
Section rythmique (piano, guitare, contrebasse, batterie) et section mélodique (Cuivres et bois: trompette, trombone, saxophone, clarinette).
L'orchestration se fait plus complexe, les rythmiques et les mélodies s'affinent. Les arrangements sont écrits par un compositeur, et l'improvisation est très structurée. Il y a la partition "conducteur" et les parties séparées. Toutefois des modifications peuvent y être apportées lors des répétitions. Il existe aussi un type d'arrangement ("head" ou "stock" arrangement) sans partition avec juste des indications verbales et chantées que les instrumentistes mémorisent. Une des clés de l'arrangement est le "voicing" (quels instruments l'on choisit pour telle partie et comment ils seront utilisés en fonction de l'effet polyphonique recherché).
Les improvisations s'affranchissent progressivement de la mélodie (Thème) de base du morceau, elles ne sont plus des variations ou paraphrases, mais de vraies inventions qui tiennent compte surtout des accords du piano ou de la guitare, et des notes principales de ces accords (émises par la contrebasse).
Au point de vue rythmique, tous les temps (les 4),sont marqués individuellement, les temps faibles (2 et 4) étant accentués. L'écoute attentive de la contrebasse suffit pour comprendre que tous les temps sont joués distinctement et aussi se rendre compte du principe "Four Beats" (4 temps). Si l'on écoute bien la Batterie, on constate facilement que les 2e et 4e temps sont mis en valeur par la caisse claire. La cymbale "Ride" (douce) marque l'alternance longue-courte (avec des exceptions).



Louis Armstrong & Dizzy Gillespie -
"Umbrella man"

Ces Big Bands favorisent l'apparition de grands solistes, parmi lesquels Art Tatum, Benny Goodman, Billie Holiday, Charlie Christian, Coleman Hawkins, Ella Fitzgerald,Lester Young, Lionel Hampton, et beaucoup d'autres. L'importance donnée au soliste augmente, les "Chorus" en solo deviennent le centre du morceau, soutenus par l'orchestre.

Ainsi on retient la sonorité richement timbrée et très expressive de Coleman Hawkins, donnant un Swing nerveux, des improvisations plutôt lyriques, un discours abondant. Mais de Lester Young une sonorité dense mais peu vibrante, donnant un Swing nonchalant, des improvisations contrastées, avec une certaine réserve dans le jeu. Mais la vague du Swing est d'abord représentée par Benny Goodman: musique au tempo enlevé, pulsation régulière.

"It don't mean a thing if you ain't got that swing"
Le style "Jungle" appartient au Swing: "rythme sèchement battu, lamentations des anches, vociférations grumeleuses des trompettes et des trombones (Cuivres "wa wa" ou "growl", percussion "gong" et "tam tam"), évoquant l'angoissante épaisseur de la forêt et agitant les fantasmes d'une Afrique originelle." Le style fut habilement comparé, dans les années 20, à la "jungle urbaine" de la surpopulation, de la prohibition et de la corruption.
Duke Ellington illustrera magnifiquement ce genre, en 1927 au Cotton Club, auprès d'un public blanc avide de sensations exotiques. Ses meilleures compositions dans ce style sont:
"Black and tan fantasy", "The Mooche", "Echoes of the jungle" et "Koko".
Le style "Mood" (état d'esprit) est apparu dans les années 30. Il désigne des arrangements sophistiqués, une recherche harmonique intense et un goût pour les accompagnements raffinés.
Duke Ellington, en sortant de la Jungle, l'adoptera en écrivant "Mood Indigo".
Enfin le Mainstream, est le courant principal caractérisé par les Jazzmen fidèles à la période du Swing (années 30 à 40), formule de Jazz actuellement la plus répandue (appelée aussi "Middle Jazz"), qui conservent le rythme à 4 temps et le soin apporté par les arrangeurs aux accompagnements des Big bands.

le Jazz Swing: les grands solistes de la section rythmique


DUKE ELLINGTON (1899-1974)


"Take the "A" train"

Pianiste, compositeur et chef d'orchestre. Il étudie d'abord l'Art puis se consacre à la musique. Il fait ses débuts à New York, sous l'influence de King Oliver, au Cotton Club de Harlem. En 1923, il joue dans les "Washingtonians" dont il prend la direction l'année suivante. Ils se produisent à New York jusqu'en 1931. Ensuite, ils feront des tournées internationales.
Le génie du "Duke" s'exprime pleinement dans ses combinaisons harmoniques reliant tous les musiciens, ou dans les déliés mélodiques qui font intervenir chaque instrumentiste...
Richesse des textures musicales, variété des inspirations, juste exploitation des solistes, ouverture musicale innée: il est l'un des monstres sacrés du Jazz, a écrit environ 1000 compositions, tout en dirigeant son orchestre, avec de véritables concertos pour ses musiciens.
De ce génie naissent des classiques d'entre les classiques, comme "Sophisticated Lady", ou "Mood Indigo".
Il a pratiqué quatre styles majeurs: le "Jungle style", le "Mood style", le "Concerto style", et le "standard style".
Il a eu deux orchestres célèbres: dans les années 20, avec Bubber Miley (trompette), Joe Tricky Sam Nanton (trombone), et Hary Carney (saxo). Puis dans les années 40, avec Jimmy Blanton (contrebasse), Ven Webster (Saxo Ténor), avec le fameux
"Take the "A" train".





Duke Ellington-Hot Chocolate
avec une démonstration impressionnante de lindy hop

FATS WALLER (1904-1943)

"The joint is jumpin"

Pianiste, organiste, et chef d'orchestre. Né à Harlem (NYork), il apprend le piano à l'âge de 6 ans, et en 1918, gagne un concours. En 1922, il gagne sa vie en jouant dans les cinémas, accompagnant les vaudeville. En 1927, il compose avec James P.Johnson, pour son spectacle "Keep Shufflin", puis, en 1929, il écrit la musique de la revue "Hot Chocolate". En 1934, il signe avec la société Vidor lors d'une soirée donnée par George Gershwin. Pendant les années 30, il est un Star de la Radio, et fait plusieurs tournées en Europe.
Entertainer dans l'âme, il a composé "Honeysuckle Rose", "Ain't misbehavin'". Il a influencé de nombreux artistes, parmi lesquels Thelonious Monk, Bud Powell ou Art Tatum, ainsi que Count Basie. Dans son jeu, les cascades de notes de la main droite s'équilibrent merveilleusement avec les plaques rythmiques de sa main gauche, dans un style enjoué et brillant. Un déluge de sons, mais toujours avec intelligibilité.


COUNT BASIE (1904-1984)

Pianiste, organiste et chef d'orchestre. Il apprend son métier en accompagnant les films muets et les vaudeville, sous la férule de Fats Waller puis avec les pianistes de style "stride" à New York. En 1929, il fera partie de divers groupes à Kansas City puis de l'orchestre de Benny Moten, qui se veut une alternative au son "Nouvelle Orleans". A la mort de ce dernier il forme un groupe et se produit au Reno Club (avec Buster Smith, Jack Washington, Lester young, Hershell Evans, et Jimmy Rushing). Grâce à John Hammond (découvreur de talents) il tourne à Chicago et New York. C'est la grande époque du Swing, son orchestre est alors aussi célèbre que celui du "Duke" ou de Benny Goodman.


"Battle Royal" (Count Basie et Duke Ellington)

Il enchaîne tournées et concerts de 1936 à 1940 avec Jo Jones (batterie), Walter Page (contrebasse), et Freddie Green (guitare). Pendant la 2de Guerre Mondiale, son orchestre comprend divers musiciens en fonction des départs sur le Front. En 1950, il dirige un Combo puis reprend un grand orchestre en tant que chef, faisant une 1ère tournée en Europe en 54, puis internationale. En 1960 il est reconnu comme l'un des plus grands.
Plutôt que de favoriser la technique, il préfère l'humour et le sens de la répartie de ses solistes. Nous sommes à l'apogée du Swing, auquel Basie restera fidèle, malgré de nouveaux arrangements de ses morceaux.




Count Basie and his Orchestra


(1909-1956)

Pratiquement aveugle, il étudie le piano dans un institut. En 1932, il accompagne la chanteuse Adelaïde Hall à New York, puis se produit en concert à Chicago, Londres, et New York. En 1943 il crée un Trio avec Everett Barksdale et Slam Stewart, puis il se produira surtout en Soliste et enregistrera avec Benny Carter, Lionel Hampton, et Roy Elridge. Malheureusement il meurt prématurément d'un diabète.


CHARLIE CHRISTIAN (1916-1942)

Guitariste. Né au Texas dans une famille de musiciens, il s'initie très jeune à la trompette, au piano, à la contrebasse, avant de choisir la guitare puis joue dans diverses formations. En 1937 il étudie avec Eddie Durham, inventeur de la guitare amplifiée.

"solo flight" (Charlie Christian)

Découvert par John Hammond, celui-ci le fait venir à Los Angeles. En 1939, il entre dans l'orchestre de Benny Goodman, dont il fera partie jsuqu'à sa mort. En 1941, il participe également aux Jam Sessions du Minton's Playhouse à New York, avec Kenny Clarke, Th. Monk, Charlie Parker, et Dizzy Gillespie. Atteint de tuberculose, il meurt prématurément à l'âge de 25 ans.


LIONEL HAMPTON (1909-?)

Vibraphoniste et batteur. Il débute à la batterie avec le groupe "Chicago Defender Newboys", joue dans divers groupes, puis rejoint les "Hite" qui accompagnent Armstrong. Celui-ci, impressionné par ses performances l'invite à une séance d'enregistrement et lui demande de jouer du Vibraphone. Il sera donc le premier à enregistrer avec cet instrument ("Memories of you"). Il quitte ensuite les "Hite" et forme son propre orchestre qui joue au Paradise Café à Los Angeles. En 1936 il commence à enregistrer avec Benny Goodman, Teddy Wilson et Gene Krupa ("Benny Goodman Quartett") et reste dans ce groupe jusqu'au début des années 40. Puis il forme son Big Band avec Dexter Gordon, Illinois Jacquet, Quincy Jones, Wes Montgomery, Clark Terry, Joe Newman, Fats Navarro, et Charlie Mingus...avec les chanteuses Dinah Washington et Aretha Franklin. Cet orchestre est alors célèbre dans le monde entier.

Benny Goodman Quintet Live avec Lionel Hampton et Gene Krupa

Il s'intéresse aussi à la politique et au social, crée la fondation Lionel Hampton Development Corporation destinée à la construction d'immeubles à Harlem pour améliorer les conditions de logement des familles défavorisées. Il est le premier vibraphoniste de l'Histoire du Jazz. C'est un génie de l'orchestration, il a le don de "faire monter la sauce" sonore de son orchestre, en lui insufflant les fameux crescendos dont il a le secret. L'un des géants du jazz depuis les années 30. L'un de ses titres les plus connus est: "Shufflin' at the Hollywood".

le Jazz Swing: les grands solistes de la section mélodique

COLEMAN HAWKINS (1901-1969) saxo Ténor (mais aussi pianiste et celliste, études musicales classiques). Il est engagé en 1922 par Mama Smith, puis joue avec Wilbur Sweatman, fait ses premiers enregistrements avec Fletcher Henderson et son orchestre jusqu'en 1934, où il rencontre Armstrong. Entre 1934 et 1939, en Europe, il joue et enregistre avec des musiciens Européens. (Django Reinhardt, Stéphane Grappelli). Au début de la 2ème Guerre Mondiale, il rentre aux Etats-Unis où il crée en 44 un Quartette avec Thelonious Monk et enregistre avec Dizzy Gillespie. En 46, il enregistre avec JJ.Johnson et Fats Navarro puis dans les années 50, il dirige un Quintette avec Roy Elridge, fait une tournée avec l'orchestre d'Illinois Jacquet. Enfin en 62 il enregistre avec Duke Ellington. Il participera à divers albums avec Sonny Rollins, Th.Monk, Max Roach, Eric Dolphy, et John Coltrane, jusqu'à la fin de sa vie.
"Crazy rythm"
Coleman Hawkins est le musicien Soliste par excellence, le premier qui apporta la reconnaissance au saxophone Ténor. Il apporte une nouvelle musicalité à son instrument, faisant preuve d'une imagination mélodique débridée, avec une sonorité pleine, et des couleurs audacieuses. En 1939, il livre "Body and Soul", un modèle du genre pour les arrangeurs et instrumentistes. Avec cet air il signifie sans le savoir la fin du Swing; le jeu est plus onctueux, tirant sur le Legato, et préfigure le style "Cool" des années 50.

Coleman Hawkins 1935! avec Leo de la Fuente sur une compo de Fats Waller
"I wish I were Twins"
GLENN MILLER (1904-1944), tromboniste. Très tôt il s'intéresse à la composition et aux arrangements d'orchestre, et commence à se frotter au milieu du Jazz au début des années 30, avec l'aide de Benny Goodman et de Tommy Dorsey. Sa carrière décolle en 1938, avec la création d'un second Big Band, le premier n'ayant pas eu le succès escompté. Mais, par la suite, il s'engage dans l'US Air Force et disparaît en mer, en 1944, alors qu'il allait donner un concert dans Paris libéré. Ses grands succès furent: "Chattanooga Choo", "Moonlight Serenade", et surtout "In the Mood", qui recèle la fraicheur caractéristique de ses oeuvres. Dans ses compositions il s'ingénie à doubler des instruments pour marquer le "swing" de son orchestre.
"In the Mood" Glenn Miller"

BENNY CARTER (1907-?), SAXOPHONISTE (alto). Issu d'une famille de musiciens, il joue d'abord chez June Clarck, puis chez Earl Hines et Horace Henderson. En 1928 il constitue son propre orchestre et participe aux travaux de Duke Ellington et Fletcher Henderson. En 1933 il dirige un grand orchestre, et en 35 émigre en Europe, jouant en Angleterre, en France et en Scandinavie. Il enregistrera avec Django Reinhardt et Coleman Hawkins. En 1938, de retour aux Etats-Unis, il s'installe sur la Côte Ouest et travaille pour le cinéma, la télé, tout en poursuivant une carrière internationale.

BENNY GOODMAN (1909-1986), clarinettiste et chef d'orchestre. (saxophoniste aussi). Dès 1923, il joue régulièrement à Chicago, puis rejoint l'orchestre de ben Pollack (et effectue ses premiers enregistrements). C'est un des plus grands Solistes. En 1928 il dirige ses propres sessions d'enregistrement puis quitte l'orchestre de Pollack l'année suivante et travaille en studio jusqu'en 1933. Son arrangeur est Fletcher henderson.

"On the sunny side of the street"

Après de nombreuses tournées aux Etats-Unis, il est proclamé Roi du Swing en 38 à New York. Il joue avec des solistes noirs (Lionel Hampton, Cootie Williams, Charlie Christian) en dépit de la ségrégation raciale en vigueur à l'époque. En 49 et 62, il jouera beaucoup à l'étranger (en Russie, en Europe, et en Asie) jusqu'à sa mort en 1986. Benny Goodman restera longtemps fidèle à une certaine esthétique "New Orleans" même s'il a multiplié les expériences avec de petites formations, à partir de la fin des années 30, et que dans les années 50, il développe des contacts avec des musiciens comme Bartok, Copland ou Hindemith. "King Porter Stomp" reste l'un de ses standards les plus illustres.



SING SING SING! Benny Goodman


LESTER YOUNG (1909-1959) saxophoniste, issu de la Nouvelle Orleans, il joue d'abord de la batterie puis se met au Saxophone. A partir de 1922, il jouera d'abord l'Alto puis le Baryton, se joignant à l'orchestre d'Art Bronson. 4 ans après il entre dans l'orchestre de Count Basie, se lie d'amitié avec Billie Holiday et Teddy Wilson, avec qui il enregistre. Il quitte l'orchestre de Basie entre 1940 et 1944 pour jouer avec Fletcher Henderson. A son retour du front, il sera managé par Norman Granz et tournera avec le "Jazz at the Philarmonic". Sa première tournée européenne a lieu en 1952, et il retournera régulièrement en Europe. Il est le Père du Jazz des années 50, un des inspirateurs du style Cool.

le Jazz Swing: les grands solistes du chant

CAB CALLOWAY (1907-1994) chanteur
Il remplace Duke Ellington au Cotton Club en 1932. Il symbolise à lui seul toute la joie de vivre des années 30. Chanteur fantaisiste, il est aussi chef d'orchestre. Avec Jonah Jones et Dizzy Gillespie (trompette), Ben Webster puis Chu Berry (Saxo), Danny Barker (guitare), et Cozy Cole (batteur) son ensemble est l'un des meilleurs des années Swing. Grâce à son succès "Minnie the Moocher" en 1931, il devient le plus illustre des Entertainers (amuseur) et le premier MC de l'histoire du Jazz. Il a créé le look "Zoosuitisme" adopté par les jeunes américains, puis par les zazous français.


BILLIE HOLIDAY (1915-1959) chanteuse
Après une enfance difficile, elle part rejoindre sa mère à New York en 1928. Elle chante dans de petits clubs de Harlem où elle est découverte par John Hammond. Elle enregistre alors avec Benny Goodman puis en 1930, elle chante dans le groupe de Teddy Wilson. En 1937, elle commence à enregistrer avec Lester Young qui la surnomme "Lady Day" et chante aussi dans l'orchestre de Count Basie. En 1938, elle travaille avec Artie Shaw, mais le racisme ambiant l'empêche souvent de travailler comme elle le voudrait. Elle est ensuite engagée au Cafe Societe de Greenwich Village à New York, et enregistre la très controversée chanson "Strange Fruit" qui parle de racisme.

"Strange Fruit"
En 1946 elle tourne dans le film "New Orleans" avec Armstrong, puis sa carrière est interrompue à plusieurs reprises par des séjours en prison liés à sa consommation de drogue.A partir de 1950, bien qu'elle perde peu à peu sa voix elle enregistrera avec les plus grands, et participe au premier festival de new York en 45 avec Lester Young, Gerry Mulligan, et Jo Jones...Les échecs de sa vie affective, les problèmes de drogue et d'alcool précipitent la fin de sa carrière. Elle publie son autobiographie "Lady sings the Blues", et meurt en 59, après une dernière apparition au Phoenix Theater de Londres.
Une voix incomparable, qui dévoile une sensibilité extrême et ses souffrances, en partie liées au racisme dont elle a beaucoup souffert.


Billie Holiday - Fine And Mellow


ELLA FITZGERALD (1918-1996) chanteuse
Née en Virginie dans une famille pauvre, elle gagne en 34 un concours de chant amateur à l'Apollo de Harlem et se voit engagée par Chick Webb. A sa mort, elle prend la tête de l'orchestre jusqu'en 41 puis démarre une carrière solo, accompagnée par les Ink Spots, Louis Jordan et les Delta Rythm Boys. A partir de 1946 elle chante avec le "Jazz at the Philarmonic "de Norman Granz qui devient son manager. Elle fait une tournée avec Dizzy Gillespie et incorpore le Be Bop à son style. Elle se marie avec le bassiste Ray Brown, qui l'accompagne avec son trio. En 1950, elle chante en Duo avec le pianiste Ellis Larkin des chansons de Gershwin (dont le très célèbre "Summertime"). En 1955 elle signe avec le label Verve (de Norman Granz) et enregistre de nombreux song books sur des musiques de Gershwin, Ellington, et Cole Porter. Suivront de nombreuses tournées à travers les Etats-Unis et l'Europe.
"Lullaby of Birdland" de Charlie Parker avec Duke Ellington
Dans les années 70, elle chantera avec Count Basie, Oscar Peterson (et en duo avec Jo Pass), puis en 80 sa voix commence à faiblir, et des problèmes de santé l'obligeront à se retirer de la scène en 94. Elle est la première chanteuse de Jazz à réellement improviser (Scat) et a su s'adapter au courant du Be Bop.


Ella Fitzgerald
"One of those things" avec le "Jazz at the Philarmonic"